La bénédiction du peuple juif

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Et voilà. Ce post vient conclure cette série de posts sur la malédiction vs. la bénédiction.

Nous l’avons vu, pour maudire ceux qui pratiquent les mitsvoth de la Torah, Paul a artificiellement cité un verset de cette même Torah, tiré hors de son contexte. Après avoir défini ce qu’est l’Alliance de chair et l’Alliance de pierre, il est temps d’observer ce qui se passe quand l’Eternel demande à maudire Israël.

Israël pourrait-il être maudit? 

Disons-le tout de suite: Israël ne peut jamais être maudit, comme l’affirme l’Eternel à Bil’am (Balaam)

לֹא תָאֹר אֶת־הָעָם, כִּי בָרוּךְ הוּא: (בְּמִדְבַּר כב’, יב’)

Tu ne maudiras point ce peuple, car il est béni! (Nombres 22:12)

Donc: comme le peuple hébreu et, donc, les Juifs qui sont leurs descendants, ne peut être maudit, l’Eternel ne peut demander de maudire Israël.

Il convient donc de revoir ces malédictions proférées contre le peuple hébreu. Je ne vais pas les reprendre toutes. Elles figurent noir sur blanc dans le livre de Deutéronome, 27, 15-26; 28, 16-68. Il y en a beaucoup. Il n’y a que l’embarras du choix.

Maintenant, lecteur curieux et sincère, il faut le constater: ces malédictions ne figurent pas seules dans la Torah: elles sont le pendant de toute une série de bénédictions, que je ne vais pas citer non plus. Elles figurent dans ce même livre de Deutéronome, au chapitre 28, 2-14.

La bénédiction du peuple hébreu

Donc, reprenons depuis le début:

L’Eternel met en balance les malédictions, qui sont plus nombreuses, avec les benedictions, moins nombreuses, dans le cadre d’une mise en garde formelle:

וְהָיָה, אִם־שָׁמוֹעַ תִּשְׁמַע בְּקוֹל ה’ אֱלֹהֶיךָ, לִשְׁמֹר לַעֲשׂוֹת אֶת־כָּל־מִצְוֺתָיו, אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוְּךָ הַיּוֹם, וּנְתָנְךָ ה’ אֱלֹהֶיךָ, עֶלְיוֹן עַל כָּל־גּוֹיֵי הָאָרֶץ: וּבָאוּ עָלֶיךָ כָּל־הַבְּרָכוֹת הָאֵלֶּה, וְהִשִּׂיגֻךָ:  כִּי תִשְׁמַע, בְּקוֹל ה’ אֱלֹהֶיךָ: … וּנְתָנְךָ ה’ לְרֹאשׁ, וְלֹא לְזָנָב, וְהָיִיתָ רַק לְמַעְלָה, וְלֹא תִהְיֶה לְמָטָּה:  כִּי־תִשְׁמַע אֶל־מִצְוֺת ה’ אֱלֹהֶיךָ, אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוְּךָ הַיּוֹם, לִשְׁמֹר וְלַעֲשׂוֹת:  וְלֹא תָסוּר מִכָּל־הַדְּבָרִים אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוֶּה אֶתְכֶם הַיּוֹם, יָמִין וּשְׂמֹאול:  לָלֶכֶת אַחֲרֵי אֱלֹהִים אֲחֵרִים לְעָבְדָם: וְהָיָה אִם־לֹא תִשְׁמַע בְּקוֹל ה’ אֱלֹהֶיךָ, לִשְׁמֹר לַעֲשׂוֹת אֶת־כָּל־מִצְוֺתָיו וְחֻקֹּתָיו, אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוְּךָ הַיּוֹם, וּבָאוּ עָלֶיךָ כָּל-הַקְּלָלוֹת הָאֵלֶּה, וְהִשִּׂיגוּךָ (דברים כח’, א’-ב’; יג’-טו’)

Or, si tu écoutes la voix de l’Éternel, ton Dieu, et que tu observes, pour les faire, tous Ses préceptes, que je t’enjoins en ce jour, l’Éternel, ton Dieu, te mettra au-dessus de tous les peuples de la terre; et toutes ces bénédictions suivantes viendront sur toi et t’atteindront, tant que tu écouteras la voix de l’Éternel, ton Seigneur. L’Éternel te mettra en tête, et non en queue; tu seras constamment au faîte, et tu ne tomberas pas, tant que tu écouteras les injonctions de l’Éternel, ton Seigneur, que je t’impose en ce jour, en les gardant pour les faire, et que tu ne dévies ni à droite ni à gauche, de toutes ces paroles que je vous enjoins aujourd’hui, et que tu ne suives pas d’autres dieux pour leur rendre un culte. Mais si tu n’écoutes pas la voix de l’Éternel, ton Seigneur: si tu n’observes pas tous ses préceptes et ses lois que je t’enjoins en ce jour pour les faire, alors toutes ces malédictions viendront sur toi et t’atteindront.  (Deutéronome 28, 1-2; 13-15)

Bénédiction vs. malédiction

Donc, les bénédictions et les malédictions citées dans ce chapitre biblique sont conditionnelles: elles dépendront surtout du peuple hébreu, selon qu’il suivra l’Eternel ou bien au contraire, s’en détournera. Elles sont là, consignées dans le cadre formel de l’Alliance:

אֵלֶּה דִבְרֵי הַבְּרִית אֲשֶׁר־צִוָּה ה’ אֶת־מֹשֶׁה, לִכְרֹת אֶת־בְּנֵי יִשְׂרָאֵל בְּאֶרֶץ מוֹאָב:  מִלְּבַד הַבְּרִית, אֲשֶׁר־כָּרַת אִתָּם בְּחֹרֵב: (דברים כח’ סט’)

Ce sont là les paroles de l’Alliance que l’Éternel enjoignit à Moïse d’établir avec les enfants d’Israël dans le pays de Moab, en plus de l’Alliance qu’il avait conclue avec eux au Horeb. (Deutéronome 28, 69).

Le renouvellement de l’Alliance

Voilà. Tout est dit: les malédictions sont mises en balance avec les bénédictions dans le cadre d’un renouvellement de l’Alliance entre l’Eternel et le peuple d’Israël, dont les Juifs, autrement dit les Judéens, sont une tribu, la tribu de Juda.

Mais qu’en est-il des Evangiles? Dans le livre de Matthieu, les malédictions semblent être complètement détachées de leur contexte. Or, tout s’éclaire quand on passe à l’Evangile de Luc: Luc énumère d’abord une série de bénédictions, appelées « béatitudes », que je ne vais pas rappeler ici, mais que le lecteur avisé peut lire par lui-même en Luc, 6, 20-23. Or, ces béatitudes ou bénédictions sont immédiatement suivies de malédictions, que notre lecteur sincèrement avide d’apprendre pourra lire en Luc 6, 24-26. Ainsi nous retrouvons là, la structure de la mise en balance des bénédictions et des malédictions que constitue le renouvellement de l’Alliance.

Et chez Matthieu?

Jésus et la bénédiction de l'Alliance. Source: Wikimedia Commons

Jésus et la bénédiction de l’Alliance. Source: Wikimedia Commons

Rappelons-nous Papias, qui a témoigné que l’auteur grec de Matthieu avait déplacé et changé certains passages. Comme nous pouvons le constater, les malédictions ont été apparemment détachées volontairement des Béatitudes, autrement dit des bénédictions (Matthieu 5, 1-12) pour nous donner l’impression que l’Eternel maudissait Son peuple « à la nuque raide », et ce, probablement parce que les Juifs de l’époque n’ont pas voulu adhérer au message mal interprété des apôtres, faisant de Jésus un homme-dieu qui avait fait une croix sur les mitsvoth, contrairement à son message:

Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la Loi ou les prophètes (La Torah ou les Nevi’im); je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. Car, je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront point, il ne disparaîtra pas de la Loi un seul iota ou un seul trait de lettre (un seul י), jusqu’à ce que tout soit arrivé. (Matthieu 5, 17-18)

Effectivement, fidèles au message de Jésus, beaucoup de Juifs de l’époque ont âprement refusé d’abandonner les mitsvoth, considérées par Paul comme un joug « que nos pères n’ont pas pu porter ».

Et ainsi nous comprenons que chez Jésus, il ne s’agit pas d’une malédiction contre qui que ce soit, pas plus contre les Pharisiens que contre les Cohanim, mais d’une bénédiction, d’un renouvellement de l’Alliance, calqué sur le modèle de Deutéronome 28.

À propos de Myriam O

Et si nous allions à la rencontre de Jésus quand il parcourt sa terre de Galilée, de Juda et Jérusalem, quand il parle avec toute la saveur de l’hébreu et la rugosité de l’araméen et avec toute la profondeur et la richesse de la Tradition hébraïque ?
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