Araméen, hébreu ou grec: quelle langue parlait Jésus?

Comment s’appelait Israël à l’époque de Jésus, Israël ou la Palestine?

Tout d’abord, Jésus n’est pas Palestinien, pour la simple raison qu’il n’a en aucune façon habité la Palestine! C’est un non-sens. A l’époque où Jésus a vécu, la Palestine n’existait pas. C’est une évidence que l’on ne répétera jamais assez. Ce nom a été forgé de toutes pièces, inventé par Hadrien après la révolte de Bar Kochva, c’est-à-dire cent ans (cent ans! Pas moins!)

après la mort de Jésus. C’est à partir du nom des Philistins qui peuplaient autrefois le Sud-ouest du pays qu’Hadrien l’a forgé. פְּלֶשֶׁת en hébreu (Peleshet, Philistie) a pour racine: פ.ל.שׁ., (palash, envahir). Les Hébreux considèrent donc les Philistins comme des envahisseurs aux yeux des Hébreux. Ainsi, il n’est pas question de considérer Jésus comme un envahisseur. Pardon, comme un Palestinien. Encore une fois, c’est un anachronisme vide de sens.

Jésus, de fait, étant de la tribu de Juda, est Juif, « de la tribu de Judée ou habitant le territoire de Judée ». C’est une question de sémantique. Le mot « Juif » est une déformation typiquement française du mot « Judéen, habitant la Judée ».

Les Juifs ou Judéens sont les exilés de Judée. Ils ont parcouru le monde entier. Ils ont erré à travers le monde. Pourtant, c’est un fait: pendant près de deux mille ans on appelle les Juifs, bien que dispersés dans le monde entier,  « Juifs » – « habitants de Judée »… Donc on reconnaît implicitement que l’origine des Juifs est la terre de Judée d’où ils ont été expulsés en l’an 70. Depuis lors, la présence juive a toujours été continue en Israël. En l’an 1881 environ, ont démarré ce que l’on a appelé les vagues d’immigration juive en Israël, marquant le début du retour en Israël du peuple juif dispersé. Le reste est une histoire à suivre avec passion.

Bethléem et Nazareth

De plus, la famille de Jésus est originaire de Bethléem. Or, on n’appelle généralement pas Jésus n’est  appelé Judéen. Tout le livre de Jean parle des Juifs, donc des Judéens de Judée. Or, dans cet Evangile, on l’appelle Juif, Judéen (ιουδαιος, Youdayos en grec) uniquement par la femme samaritaine qu’il rencontre au bord du puits!

Mais cette femme Samaritaine lui dit: comment toi qui es Juif, me demandes-tu à boire, à moi qui suis une femme Samaritaine? Car les Juifs n’ont point de communication avec les Samaritains (Jean 4, 9)

Cette Samaritaine est donc affiliée au groupe adorant l’Eternel sur les Monts Eybal et Garizim, près de Sichem, se rattachant spirituellement à Jéroboam qui, le premier, a institué le culte de l’Eternel à Bethel et à Dan (I Rois 12, 26-33):

Nos pères ont adoré sur cette montagne-là (Jean 4, 20)

Jésus, par contre, fait partie à ses yeux du groupe adorant l’Eternel à Jérusalem:

…et vous dites qu’à Jérusalem est le lieu où il faut adorer. (Jean 4, 20)

Or, du temps de Jésus, les Samaritains n’étaient semble-t-il pas encore complètement coupés du monde de confession juive hébraïque environnant.

De fait, Jésus, dans les Evangiles, est appelé Nazaréen:

Et les foules disaient: Celui-ci est Jésus, le prophète, qui est de Nazareth de Galilée. (Matthieu 21, 11)

Philippe trouva Nathanaël, et lui dit : nous avons trouvé Jésus, qui est de Nazareth, fils de Joseph… Et Nathanaël lui dit: peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth]? (Jean 1, 45-46)

Donc, de son vivant, la grande foule de ses auditeurs sait que Jésus est originaire de Nazareth. Reste à savoir où se situe Nazareth? Nous en reparlerons.

A propos de la Judée

La Judée représente la partie Sud de l’ancien pays de Canaan ou royaume de Juda et la Galilée, la partie Nord. Elle couvre l’ancien royaume du Nord. Or, la Galilée du Nord représentait un certain danger pour Jésus, à cause de Hérode Antipas qui la gouvernait. En effet, à la suite de son père, il avait pris sur lui de pourchasser tout « prétendant à la royauté » c’est-à-dire Jean le Baptiste et Jésus. Il s’agit vraisemblablement de la « Galilée des Nations »[1], dont nous reparlerons. Enfin, les références à la Judée, ancien Royaume de Juda, existent sous forme de l’appellation consacrée dans la Bible: « la Judée et Jérusalem »[2]. Dans les Evangiles, cette expression n’est pas rare:

Et tout le pays de Judée et tous ceux de Jérusalem sortaient vers lui (Marc 1, 5)

Mais Jésus se retira avec ses disciples vers la mer, et une grande multitude le suivit de Galilée, et de Judée, et de Jérusalem  (Matthieu 4, 25; Marc 3, 7-8)

Or il arriva un jour qu’il enseignait, que des Pharisiens et des Docteurs de la Loi, qui étaient venus de toutes les bourgades de Galilée, et de Judée, et de Jérusalem, étaient là assis (Luc 5, 17);

Puis descendant avec eux, il s’arrêta dans une plaine avec la foule de ses disciples, et une grande multitude de peuple de toute la Judée, et de Jérusalem (Luc 6, 17)

Alors que ceux qui sont en Judée, s’enfuient aux montagnes; et que ceux qui sont dans Jérusalem, s’en retirent… » (Luc 21, 21)

Le problème reste entier: comment concilier le fait que Jésus est originaire de Nazareth en Galilée tout en prétendant qu’il est né à Bethléem? Or, Nazareth ne se serait établi en tant que village qu’en 200 de notre ère… 200 ans après la naissance de Jésus. Aucun témoignage historique et archéologique sérieux ne confirme l’existence d’un village important du nom de Nazareth (avec une synagogue, puisque Jésus y aurait enseigné) à l’époque de Jésus.

Donc, si Jésus est « Nazaréen », originaire de Nazareth, la localisation de Nazareth est à reconsidérer. Nous en reparlerons. Il est certain que cette affirmation porte un premier coup à la croyance selon laquelle Jésus serait le Messie, qui doit naître, selon la prédiction de Michée, à Bethléem… de Judée (Michée 5, 1).

Jésus en araméen - Source: Wikimedia Commons
Jésus en araméen – Source: Wikimedia Commons

Qui était le roi d’Israël à l’époque de Jésus?

Du temps où Jésus a commencé sa vie publique, personne n’était officiellement « roi », comme le roi Hérode qui régna au temps où Jésus naissait. Hérode Antipas, fils du roi Hérode, avait le titre de « tétrarque » de Galilée » et régnait sur ce qui s’appelle de nos jours la Galilée. C’est lui qui construisit la ville de Tibériade en l’honneur de l’empereur Tibère.

Pourtant, Tibère destitue le frère de Hérode Antipas, Archélaos, et transforme la Judée (partie Sud d’Erets Israël) en province romaine, gouvernée désormais par des gouverneurs romains.

A l’époque où Jésus commence sa vie publique, Ponce Pilate est gouverneur de Judée. Il faut dire que, à son propos, les avis sont partagés. Alors que les Evangiles le considèrent comme un homme débonnaire et conciliant, Flavius Josèphe, quant à lui, le décrit sous un jour pas très avenant. Il serait violent, orgueilleux, il traiterait les Juifs très mal. D’ailleurs, s’il part en exil au bout de dix ans, c’est que lui aussi aurait été profondément malveillant envers les Juifs.

Vraiment pas du tout le portrait avenant du Ponce Pilate des Evangiles.

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Quelle langue parlaient Jésus et ses apôtres?

Jésus ne parlait pas forcément latin ni grec. Il ne vivait pas directement sous la juridiction de Ponce Pilate, il n’était pas fonctionnaire de l’empire romain, donc il n’avait pas à savoir parfaitement le latin, même s’il devait en connaître certaines expressions.

Avec ses frères juifs, il devait parler l’araméen, qui était la langue courante en Erets Israël, entre Juifs. Et évidemment, il devait connaître l’hébreu, la langue de la synagogue, de l’étude et de la prière.

Exemple:

Arrivés au lieu nommé Golgotha, ce qui signifie lieu du crâne… (Matthieu 27, 33)

L’évangéliste a traduit l’araméen גָּגוּלתָּא gagoulta en grec:

γολγοθα ο εστιν κρανιου τοπος, Golgotha o estin kraniou topos

Golgotha, qui [veut dire] le lieu du crâne

Si le texte précise la traduction de l’araméen « Golgotha », c’est parce qu’on l’a traduit en grec de l’araméen (en hébreu, c’est גּוּלְגּוֹלֶת goulgolet). D’ailleurs, le plus ancien texte en syriaque (araméen tardif) qui est parvenu jusqu’à nous ne trouve pas utile de traduire en grec, sans doute parce que son public lisait le syriaque.

Comment Jésus appelait l’Eternel dans sa langue?

Jésus, dans les Evangiles, appelle l’Eternel « mon père, mon père qui est aux cieux » pour accentuer l’idée hébraïque que les Hébreux, dont les Judéens (Juifs) sont une tribu parmi les douze, sont les enfants de l’Eternel, comme tout homme, puisque tout homme a été créé par l’Eternel.

Cependant, chaque fois que les Evangélistes parlent de l’Eternel, ils parlent de אלָהָא Elaha, en hébreu Eloah, le singulier de אֱלֹהִים Elohim biblique, qui veut dire « force, énergie vitale ».

Manuel d’Hébreu Biblique I 

Manuel d’Hébreu Biblique II

Manuel d’Hébreu Biblique III

Jésus en araméen - Source: Wikimedia Commons
Jésus en araméen – Source: Wikimedia Commons

[1] Matthieu 4, 12; 23-25; 17, 22; 27, 55; Marc 1, 39; 3, 7; 14, 28; 16, 7; Lc. 5, 17; 8, 26; 17, 11; 23, 5-6; 49; 55; 24, 6; Jn. 1, 43; 2, 11; 4, 3; 43; 47; 7, 1; 9; 52; 21, 2, etc.

[2]II Rois, 23, 1; Is. 1, 1; 2, 1; Jer. 19, 7; 34, 19; Joël 4, 1; Malachie 3, 4; Ezra 4, 6; I Chroniques 5, 41; etc.

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